En refermant Eat the document de Dana Spiotta, j'ai eu un peu honte de me poser cette question: qui est cette auteure, et quelle est sa légitimité?
Eat the document appartient à un genre bâtard, celui de la "fiction basée sur des faits réels". Ici le personnage central est inspiré de Katherine Ann Power, activiste nord-américaine longtemps recherchée par le FBI pour braquage de banque et meurtre d'un policier. Power a été fugitive pendant une vingtaine d'années, assumant de fausses identités jusqu'à finir par se marier, avoir un enfant... Et se rendre d'elle-même à la police après 23 ans de planque. Ici la question de l'identité est centrale, bien plus que les "crimes" commis par Power ou par son alter-égo dans le roman, Mary Whittaker, dont les changements constants de noms, prénoms, coiffures, entourages et locations constituent l'une des trames principales.
Jonglant entre les époques et les points de vue, le livre fait partie de ceux qu'on a du mal à lâcher, ce que les ricains appellent un "page-turner", du genre qui nous emmène bien après l'heure prévu de couché (pour ma part, en tous cas - lu en 24h) et qui fait que, le lendemain au boulot, on a besoin de deux fois plus de café. Je suis tenté d'en souligner uniquement les réussites et de m'arrêter là, pourtant plusieurs questions me perturbent: ai-je "aimé ce roman"? Si non, pourquoi? Et puis au fond, est-ce vraiment la question?
