Une chronique insensée vaut-elle mieux que pas de chronique du tout ? Tentative de réponse avec le superbe Ce que nous avons perdu dans le feu, de l'écrivaine argentine Mariana Enriquez.
Quand j’étais un jeune punk et que les 45 tours valaient trois euros pièce, je les consommais à une vitesse vertigineuse ; j’en chroniquais la plupart dans mes fanzines, mais ma façon favorite de leur déclarer ma flamme restait la liste. Plusieurs fois par semaine, je postais ainsi la "playlist" de mes achats récents sur un « forum internet » (cet ancêtre du réseau social, que l’on aurait tué plus vite si l’on avait su ce qu’il allait enfanter), et cette pratique m’apportait une joie et une exaltation qui m’inspirent aujourd’hui un mélange d’embarras et de bienveillante nostalgie, tant elle sentait à plein nez la surdose de caféine et le nerdisme décomplexé.
À l’époque, je pensais que cette pratique était l’apanage des punks ; aujourd’hui, je sais comme tout un chacun que les listes pullulent sur l’internet, qu’elles soient thématiques (« les dix meilleurs films réalisés par des nains anorexiques ») ou « temporelles » (« les soixante-treize meilleurs morceaux de ska festif de 2016 »). Don DeLillo, le gourou des romanciers paranoïaques, a sûrement raison lorsqu’il déclare que "les listes sont une forme d’hystérie culturelle"; mais elles n’en sont pas moins une façon simple et efficace de partager son enthousiasme sur un sujet donné.
Le rapport avec Ce que nous avons perdu dans la feu ? Réponse en deux temps :
