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Enfin! Un peu de silence, avec Monsieur Toussaint Louverture

En 2015, Mauvaise Chimie sollicitait l'éditeur cenonnais Monsieur Toussaint Louverture pour qu'il réponde à quelques questions. En 2017, après diverses relances et autres menaces d’exécutions de lapins, nous parvenait cette réponse enthousiaste : "J'ai commencé à répondre, mais vos questions sont vraiment intéressantes et je n'aimerai pas bâcler mes réponses. Chacune pourrait faire l'objet d'une longue conversation !"


Nous sommes aujourd'hui fin 2018, et force est de constater qu'en dehors des spams de Pôle-Emploi, notre boîte mail reste vide. Qu'est-il arrivé à la "longue conversation" tant attendue?

On pourrait supposer que l'éditeur a, tout simplement, été trop occupé pour répondre. Après tout il n'a pas chômé durant ces trois années, entre bandes-dessinées transréalistes, tragédies dans les bas-fonds de l'humanité, odyssées lapinesques, et autres rééditions poche de son catalogue.

Mais non. Après moult réflexions, la vérité nous est apparue : le silence de MTL, loin d'être un manque, constitue sa réponse à nos questions. A l'instar des "écrivains du refus", théorisés par Enrique Vila-Matas dans Bartleby & compagnie, Monsieur Toussaint Louverture a choisi de ne pas rajouter d'interférence au bruit de fond permanent que constitue le paysage néo-médiatique actuel.

Autrement dit : en s'abstenant de répondre, l'éditeur a choisi de privilégier le fond sur le forme. À l'heure où personne ne manque la moindre occasion de partager son point de vue, cet acte constitue peut-être l'une des dernières subversions possibles. Se taire pour ne pas collaborer ; le silence comme protestation. C'est fort de cet enseignement que nous vous livrons, enfin, le résultat de cette interview.

1. Une rumeur veut que MTL ait été monté, à l'origine, pour publier Infinite Jest. Vrai ou faux? Quels autres "Saint Graals littéraires" espériez-vous publier à vos débuts? Quels livres espérez-vous encore aujourd'hui publier/ traduire/ rééditer, sans pour autant être sûr d'y parvenir un jour? 


2. Les Éditions McSweeney's sont une influence majeure, non? De quelles autres maisons, étrangères ou françaises, actuelles ou défuntes, vous sentez-vous le plus proche?


3. Chez MTL, pas de collections officielles. On observe cependant deux tendances: d'un côté les livres "Classe moyenne ricaine à la dérive" avec des narrateurs losers ou râleurs (Tesich, Exley, Lispyte, Lennon, Carkeet, Ames, Evison), d'un autre les plus "expérimentaux" (Hoban, Petrosyan, Gavelis, Filloy, Kesey), souvent non-américains (exception faite du dernier cité). Cette "ligne éditoriale" est-elle voulue, fixée en arrière-plan mais non-revendiquée? Quelle limites vous fixez-vous? Pourrait-il y avoir, au hasard, un roman de SF ou de fantasy chez MTL?


4. A ma connaissance, vous faites partie des éditeurs français qui apportent le plus de soin à l'esthétique de leurs ouvrages. En France on privilégie plutôt le minimalisme, comme s'il était honteux pour un livre d'avoir l'air un peu "fun". Pourquoi apporter tant d'attention au "look" de vos publications? En quoi votre démarche ou vos envies diffèrent-t-elles à ce niveau? Quand vous lui demandez d'imprimer un bouquin comme "Enig Marcheur", quelle tronche tire votre imprimeur?


5. Concernant la fameuse non-collection "Classe moyenne à la dérive", j'ai l'impression de retrouver dans chacun de ces ouvrages un "style", une "patte" MTL. Narration fluide, rapide, dynamique, à la fois stylisée et accessible... On pourrait penser que c'est dû au traducteur/ trice, pourtant à bien y regarder, ceux-ci varient selon les ouvrages. J'en conclus que c'est votre méthode de traduction, qui est responsable. Quel est votre secret? Êtes-vous plus "pointus" ou "maniaques" que la moyenne? Vous arrive-t-il d'apporter des modifications aux textes pour coller à la "patte" de la maison?


6. Pourquoi ne plus publier d'auteurs français?


7. Pourriez-vous nous révéler un scoop concernant MTL? Quelque chose qui provoque un tremblement de terre dans le monde de l'édition, et fasse que des centaines de lecteurs visitent mon blog? Ce serait sympa, parce que pour l'instant, personne ne vient par ici. 

Soit-disant super - part.1

Ces jours-ci, lecture d'Un truc soit-disant super auquel on ne me reprendra pas, recueil d'essais publiés dans les années 1990 par le Kurt Cobain de la littérature postmoderne américaine, Mr. David Foster Wallace.


Du gloubi-boulga d'informations (littéraires ou pas) que je m'enfourne chaque jour au boulot, j'ai retenu ces derniers mois que:

  • The End of the Tour, un film sur DFW (pas un documentaire) a été projeté à Sundance en janvier, et sortira cet été aux Etats-Unis.
  • Ce film est adapté d'un livre, Même si en fin de compte on devient évidemment soi-même, récemment paru en VF au Diable Vauvert. C'est le compte-rendu d'un road-trip avec l'auteur, effectué lors d'une tournée promotionnelle par un journaliste de Rolling Stone.
  • Comme Pynchon avant lui, Wallace est apparu dans les Simpsons (dans l'épisode "A Totally Fun Thing That Bart Will Never Do Again", ainsi intitulé en hommage à l'essai-titre du recueil dont il est question dans cet article, oh oui).
  • Les Inrocks (magazine que j'appelle par son diminutif alors que je ne l'ai jamais vraiment lu et qu'il ne m'inspire rien qui vaille) aiment/ encensent DFW, et ce depuis quelques années.
  • La VF d'Infinite Jest, le roman-culte (et pour une fois, le terme ne semble pas volé) de DFW, sera enfin publiée en août 2015 aux Éditions de l'Olivier, après plusieurs années d'un embarrassant suspense où éditeurs et traducteurs se cassaient les dents sur la bête.
  • Monsieur Toussaint Louverture, l'un des éditeurs français les plus intéressants de ces dernières années, aurait commencé sa carrière dans le but secret/ avoué de publier le dit Infinite Jest. C'est raté.
  •  Le pronostic des membres du vénérable Fric Frac Club concernant Infinite Jest ("L'Infinie Comédie" en VF), glané dans les entrailles de leur page Facebook: "Après, ce que va en faire la fumée médiatique de la pose et du buzz... Autre histoire. Il y a pas mal de chance que ça fasse comme avec Contre Jour : grosses ventes, mais peu de lecteurs."
  •  Le Fric Frac Club qui, en passant, a récemment consacré un bon gros dossier à DFW. 
  •  Sans doute autre chose que j'oublie.  

Tout ça pour dire que, comme une poignée d'autres français, j'attends cette Infinie Comédie avec une certaine impatience et qu'en attendant, j'ai remis à plus tard mes re(re)lectures d'Ubik et de Vente à la criée du lot 49 pour me frotter au Truc soit-disant super qui traînait sur mon étagère depuis un an sans que je ne lui ai vraiment donné sa chance, à l'inverse du roman La Fonction du Balai et des nouvelles de La fille aux cheveux étranges, qui m'avaient pourtant tous deux emballés. Pourquoi ce délai, je n'en sais rien, par contre ce que je sais, c'est que le récent re-visionnage de Lost Highway a joué son rôle, puisque l'essai lui étant plus ou moins consacré a été l'élément déclencheur.